Une porte qui coince l'hiver, un plateau qui se voile, un panneau qui fend au bout de deux ans : dans presque tous les cas, l'explication n'est pas dans la qualité de l'assemblage mais dans l'eau que le bois contenait encore au moment de la fabrication. Ce carnet réunit les repères d'atelier qui évitent ces mauvaises surprises.
Le bois est un matériau vivant qui échange en permanence de l'humidité avec l'air qui l'entoure. Il gonfle quand l'air est humide, il retire quand l'air s'assèche. Ce mouvement ne cesse jamais, même sur un meuble centenaire. Le travail du menuisier ne consiste donc pas à empêcher le bois de bouger, mais à le mettre en oeuvre à un taux d'humidité proche de celui qu'il connaîtra une fois posé, puis à concevoir des assemblages qui tolèrent le peu de mouvement restant.
Ce taux d'équilibre varie selon la destination de l'ouvrage. Un bois destiné à l'intérieur d'un logement chauffé doit être nettement plus sec qu'un bois de menuiserie extérieure exposé aux intempéries. Fabriquer une porte intérieure avec un bois à seize pour cent d'humidité, c'est prendre le risque qu'elle rétrécisse de plusieurs millimètres au premier hiver de chauffage.
Le repère d'atelier : pour un ouvrage intérieur en logement chauffé, viser huit à dix pour cent d'humidité. Pour une menuiserie extérieure, douze à quinze pour cent. Entre les deux, on prépare des ennuis.
Le retrait du bois n'est pas uniforme. Il est presque nul dans le sens de la longueur, modéré dans le sens du rayon et nettement plus marqué dans le sens tangentiel, c'est-à-dire parallèlement aux cernes. Cette différence explique la plupart des déformations que l'on observe : une planche débitée sur dosse tuile en séchant, alors qu'une planche débitée sur quartier reste beaucoup plus stable. Le choix du débit compte donc autant que le choix de l'essence.
C'est aussi pour cette raison que les panneaux de grande largeur se conçoivent en lames assemblées avec alternance du sens des cernes, ou en panneaux contrecollés. Un plateau massif d'un seul tenant, si large soit-il, finira toujours par se cintrer si rien n'a été prévu pour l'accompagner.
Dense et stable une fois bien sec, il reste la référence pour l'escalier, le parquet et le mobilier massif. Son séchage est lent et demande de la patience, sous peine de fentes en bout.
Homogène et facile à usiner, il excelle en mobilier intérieur. En revanche il craint l'humidité et se déforme vite s'il est stocké dans une pièce non tempérée.
Pin, épicéa et douglas conviennent aux ouvrages courants et aux menuiseries extérieures traitées. Leur régularité dépend directement de la qualité du séchage.
Souvent superbe, mais imprévisible. Avant de l'usiner, mesurer son humidité et le laisser s'acclimater plusieurs semaines dans l'atelier reste indispensable.
Un bois fraîchement scié contient énormément d'eau, souvent plus de la moitié de sa masse. Le séchage à l'air, sous abri ventilé et sur baguettes, reste la méthode la plus douce : il compte environ une année par centimètre d'épaisseur, ce qui immobilise le stock très longtemps. C'est pourquoi les scieries et les ateliers qui livrent régulièrement recourent à un séchage piloté, où la température, la ventilation et l'humidité de l'air sont maîtrisées pour atteindre la cible sans provoquer de fentes.
Ces installations ont beaucoup évolué. Aux séchoirs classiques chauffés au gaz ou à l'électricité s'ajoutent désormais des solutions qui utilisent l'air réchauffé par le soleil, soufflé à travers les piles de sciages. Pour un atelier qui envisage de sécher lui-même son bois, il est utile de comprendre comment fonctionne le séchage solaire par insufflation, car le principe repose sur le débit d'air autant que sur la température, et ce sont ces deux paramètres qui décident de la régularité du résultat.
Un ouvrage de menuiserie qui vieillit bien commence par un bois sec, débité dans le bon sens et acclimaté à son futur environnement. L'essence et la finition viennent après. Mesurer l'humidité avant d'usiner, plutôt que de faire confiance à l'apparence ou au fournisseur, reste le geste qui distingue un atelier sérieux.